Depuis une quinzaine d’années, l’investissement passif a bouleversé le paysage de la gestion d’actifs. Les ETF (fonds négociés en bourse) répliquant des indices comme le S&P 500 ou le MSCI World ont capté une part croissante des flux, souvent au détriment des fonds gérés activement. Face à ce constat, une question légitime se pose à tout investisseur : les fonds communs de placement ont-ils encore leur place dans un portefeuille moderne ?
La réponse n’est pas aussi tranchée qu’on pourrait le penser. Si la gestion passive présente des avantages avérés, les fonds communs de placement conservent des atouts spécifiques qui méritent d’être examinés avec attention.
Sommaire
Comprendre la montée de l’investissement passif
L’argument central en faveur des stratégies passives repose sur un constat statistique solide : sur le long terme, une majorité de gérants actifs ne parviennent pas à surperformer leur indice de référence une fois les frais déduits. Les études annuelles de type SPIVA (S&P Indices Versus Active) le confirment année après année, en particulier sur les marchés développés les plus efficients, comme celui des grandes capitalisations américaines.
Cette réalité a conduit de nombreux investisseurs, particuliers comme institutionnels, à privilégier des véhicules à faible coût qui répliquent mécaniquement un indice, plutôt que de rémunérer un gérant pour sa sélection de titres. Les frais de gestion des ETF, souvent inférieurs à 0,20 % par an, contrastent nettement avec ceux de certains fonds actifs traditionnels, qui peuvent dépasser 1,5 % à 2 %.
Pourquoi les fonds communs de placement restent pertinents
Réduire le débat à une simple opposition entre performance et coût serait toutefois réducteur. Les fonds communs de placement offrent plusieurs caractéristiques que la gestion passive ne peut pas toujours reproduire.
Une gestion active sur les marchés moins efficients. Sur les petites capitalisations, les marchés émergents ou certains segments obligataires spécialisés, l’inefficience relative des prix laisse davantage de place à la création de valeur par un gérant expérimenté. C’est précisément dans ces niches que les fonds actifs affichent historiquement de meilleurs taux de réussite face à leurs indices.
Une gestion du risque plus fine. Contrairement à un ETF qui suit mécaniquement son indice, aussi bien à la hausse qu’à la baisse, un fonds commun de placement géré activement peut ajuster son exposition, réduire sa pondération dans certains secteurs jugés risqués ou conserver une poche de liquidités en période d’incertitude. Cette flexibilité peut s’avérer précieuse lors de phases de marché particulièrement volatiles.
Un accès à des expertises spécifiques. Certains fonds thématiques ou sectoriels, gérés par des équipes spécialisées, permettent d’accéder à des convictions d’investissement difficiles à reproduire au moyen d’un simple tracker indiciel, par exemple dans les domaines de la transition énergétique, de la santé ou de l’innovation technologique de rupture.
Un cadre structuré pour l’épargne à long terme. Pour de nombreux investisseurs, notamment dans le cadre de plans d’épargne retraite ou de contrats d’assurance-vie, les fonds communs de placement demeurent un véhicule d’accès privilégié, offrant un accompagnement et une diversification automatique que l’investisseur individuel n’aurait pas nécessairement les moyens de reconstituer seul.
Le véritable enjeu : la complémentarité plutôt que l’opposition
De plus en plus de professionnels de la gestion de patrimoine recommandent une approche mixte, appelée gestion « core-satellite ». Le cœur du portefeuille (« core ») est constitué de trackers indiciels à faible coût afin de capter la performance des grands marchés efficients, tandis qu’une portion satellite est allouée à des fonds communs de placement gérés activement, ciblant des marchés de niche ou des thématiques spécifiques où la gestion active a statistiquement davantage de chances de créer de la valeur.
Cette approche permet de bénéficier du meilleur des deux mondes : la maîtrise des coûts et la simplicité de la gestion passive, combinées au potentiel de surperformance et à la flexibilité de la gestion active là où elle est la plus pertinente.
Les critères à examiner avant d’investir
Avant de sélectionner un fonds commun de placement, plusieurs éléments méritent une attention particulière :
- Les frais totaux sur encours (TER) et leur impact cumulé sur la performance à long terme.
- La régularité de la performance du gérant par rapport à son indice de référence, sur plusieurs cycles de marché et pas uniquement durant une année favorable.
- La cohérence entre le style de gestion annoncé et la composition réelle du portefeuille, afin d’éviter le « style drift ».
- La liquidité du fonds et les conditions de rachat des parts.
- L’alignement des intérêts entre la société de gestion et les porteurs de parts.
Pour approfondir les mécanismes de fonctionnement, les types de frais et les différentes catégories de fonds disponibles, il peut être utile de consulter un guide complet expliquant comment investir dans un fonds commun de placement, qui détaille les spécificités de ce véhicule d’investissement.
Conclusion
L’essor de l’investissement passif n’a pas rendu les fonds communs de placement obsolètes ; il a plutôt redéfini leur rôle dans une allocation de portefeuille bien pensée. Plutôt que de choisir entre gestion active et gestion passive, l’investisseur avisé gagnera à comprendre les atouts respectifs de chaque approche et à les combiner intelligemment, en fonction de ses objectifs, de son horizon de placement et de sa tolérance au risque.