La centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa au Japon sur le point de redémarrer : ce qui change 15 ans après Fukushima et pourquoi ce choix suscite la controverse.

Quinze ans peuvent sembler longs. Ou très courts, si on les mesure à l’aune de la mémoire collective d’une catastrophe nucléaire. Au Japon, le temps écoulé depuis 2011 n’a pas effacé Fukushima, mais quelque chose bouge désormais : la préfecture de Niigata se prépare à approuver la remise en service de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande de la planète en termes de capacité installée. Une nouvelle qui pèse, même si elle arrive discrètement.
La décision attendue pour lundi n’est pas soudaine. Elle est le résultat d’un long processus, fait de vérifications, de reports, de protestations et de compromis. La région de Niigata, qui donne sur la mer du Japon, abrite depuis des décennies une centrale qui a toujours été gigantesque, même en termes de chiffres : sept réacteurs, plus de 8 000 mégawatts de puissance, une petite ville de l’énergie.
Après le tremblement de terre et le tsunami de 2011, qui ont entraîné l’effondrement de la centrale de Fukushima Daiichi, le pays a brusquement arrêté ses 54 réacteurs. Kashiwazaki-Kariwa était l’un d’entre eux. Depuis lors, il est resté là, immobile, comme une question sans réponse.
Sommaire
Kashiwazaki-Kariwa, Fukushima et la mémoire qui ne s’efface pas
La particularité de Kashiwazaki-Kariwa ne réside pas seulement dans sa taille. Elle réside également dans son gestionnaire. La centrale appartient à la Tokyo Electric Power Company, la même société qui gérait Fukushima en 2011. Un détail qui, au Japon, pèse plus lourd que n’importe quel communiqué rassurant.
Au fil des ans, TEPCO a dû faire face à des scandales, des failles dans les protocoles de sécurité, des accès non autorisés et une confiance publique à reconstruire petit à petit. Ce n’est pas un hasard si Kashiwazaki-Kariwa serait la première centrale nucléaire à reprendre du service sous sa gestion après Fukushima. Une étape symbolique, avant même d’être énergétique.
Pourquoi le Japon revient au nucléaire (et pourquoi il le fait maintenant)
Aujourd’hui, le Japon se trouve à un tournant très concret. La sortie soudaine du nucléaire, après 2011, a entraîné une dépendance massive vis-à-vis du gaz et du charbon importés. Des factures plus élevées, des émissions en hausse, une vulnérabilité géopolitique.
Ces dernières années, le pays a réactivé 14 des 33 réacteurs considérés comme encore techniquement utilisables. Kashiwazaki-Kariwa est la pièce maîtresse de ce puzzle. Le plan, du moins pour l’instant, est prudent : on commencerait par un seul réacteur, le numéro 6, avec un redémarrage possible au plus tôt en 2026, après des contrôles de sécurité supplémentaires.
Entre protestations, doutes et habitude du risque
Ces derniers jours, des centaines de personnes se sont rassemblées devant l’assemblée préfectorale de Niigata. Des pancartes, des slogans, des visages qui en disent plus long que les chiffres. Certains craignent une nouvelle catastrophe, d’autres ne font pas confiance à TEPCO, d’autres encore n’acceptent tout simplement pas que l’on reprenne comme si de rien n’était.
Et puis il y a l’autre partie du pays, plus silencieuse, qui se préoccupe des coûts de l’énergie, de la stabilité du réseau électrique, du poids des importations. Pas d’enthousiasme, plutôt une lassitude lucide. Comme lorsqu’on accepte un choix difficile non pas parce qu’on l’apprécie, mais parce qu’il semble être le seul qui reste.
La réouverture de Kashiwazaki-Kariwa n’est pas seulement une actualité japonaise. C’est une histoire qui parle de mémoire, de confiance, de choix faits lorsque les alternatives ne sont pas idéales. Le nucléaire revient, non pas comme une promesse salvatrice, mais comme un compromis. Et c’est peut-être là le point le plus délicat à considérer.