Trallallero Trallalà, Tung Tung Tung Sahur, Ballerina Cappuccina, Bombardiro Croccodilo…
Si ces noms vous sont parvenus aux oreilles ces dernières semaines, vous êtes officiellement entrés dans le monde des Italian Brainrot, le phénomène viral qui fait fureur chez les adolescents et les enfants depuis le début de l’année 2025.

Il s’agit de personnages absurdes, colorés et généralement générés par l’intelligence artificielle, protagonistes de courtes vidéos, de musiques répétitives, de scènes absurdes et d’histoires sans logique apparente. Nés comme une parodie de la « pourriture des réseaux sociaux », ils ont rapidement conquis l’imaginaire des plus jeunes, au point de se transformer en figurines, poupées, t-shirts et même jeux de cartes.
Une tendance curieuse, amusante… mais qui soulève certaines questions pour les parents.
Sommaire
- 1 Que sont réellement les Italian Brainrot ?
- 2 Pourquoi fascinent-ils autant les enfants ?
- 3 Le problème ne réside pas dans les Brainrots… mais dans la quantité
- 4 Les signes auxquels un parent doit prêter attention
- 5 Comment gérer le phénomène (sans le diaboliser)
- 6 Du numérique au réel : les cartes Brainrot
Que sont réellement les Italian Brainrot ?
Le terme « brain rot » (« pourriture cérébrale ») a été choisi comme mot de l’année en 2024 pour désigner l’effet de surcharge sensorielle typique des réseaux sociaux : une exposition continue à des contenus courts, rapides et souvent dépourvus de valeur informative.
Les Italian Brainrots représentent la version italienne de ce phénomène :
- ils sont en partie générés par l’IA
- ils mélangent esthétique kitsch, ironie et non-sens
- ils sont diffusés à travers de très courtes vidéos
- ils visent davantage la gratification immédiate que le contenu.
Leur succès n’est pas surprenant : ils s’inscrivent parfaitement dans la logique des algorithmes, conçus pour capter l’attention et retenir les utilisateurs devant leur écran le plus longtemps possible.
Pourquoi fascinent-ils autant les enfants ?
Par rapport au non-sens typique des livres pour enfants, celui des Brainrots est différent : il ne cherche pas à être compris, mais seulement à divertir.
Les enfants les trouvent irrésistibles parce que :
- les vidéos sont courtes et rythmées
- la musique est répétitive et captivante
- les images sont hypercolorées
- elles ne demandent aucun effort cognitif
- elles activent rapidement le circuit de récompense dans le cerveau.
Le résultat est un contenu qui « attire », un peu comme les chips : on ne peut s’arrêter d’en consommer.
Le problème ne réside pas dans les Brainrots… mais dans la quantité
Regarder une vidéo de ce type de temps en temps n’a pas d’effets négatifs. Même la génération des Millennials a expérimenté ce type de contenu (par exemple avec les Skifidol, qui est actuellement la marque sous licence pour les cartes Brainrots).
Le problème survient lorsque ce contenu est consommé :
- de manière compulsive
- pendant plusieurs heures consécutives
- comme seule forme de divertissement.
Le défilement continu et la surexposition à des contenus de mauvaise qualité peuvent entraîner :
- une diminution de la concentration
- des difficultés à gérer l’ennui
- de l’irritabilité et de l’agitation
- une baisse de la mémoire à court terme
- des difficultés à réguler ses émotions
- une détérioration du sommeil
- une sensation d’« esprit plein mais vide ».
C’est ce que beaucoup appellent le « brain rot » : il ne s’agit pas d’une pathologie, mais d’un état de « fatigue cognitive » de plus en plus courant chez les enfants et les adolescents (mais pas seulement).
Les signes auxquels un parent doit prêter attention
Certains comportements peuvent indiquer que les enfants sont « surchargés » :
- ils demandent constamment à regarder de courtes vidéos
- ils deviennent agités lorsqu’on leur propose une pause
- ils ont du mal à se concentrer sur leurs devoirs
- ils ne trouvent pas d’idées lorsqu’ils n’ont pas d’écran devant eux
- ils semblent fatigués malgré des activités légères
- ils préfèrent toujours les contenus rapides aux jeux plus complexes.
Comment gérer le phénomène (sans le diaboliser)
Les Brainrots ne doivent pas nécessairement être interdits. Comme pour les jeux vidéo, la meilleure solution est en effet d’accompagner, et non d’interdire. Voici quelques conseils que nous pouvons donner aux parents.
1. Regardez-les avec vos enfants
Transformez un contenu passif en dialogue. Vous pouvez par exemple demander : « Qu’est-ce qui te fait rire dans cette vidéo ? », « Quel est ton personnage préféré ? », « À ton avis, que fait-il ? ».
2. Établissez des règles claires
Cela vaut en général pour l’utilisation des smartphones et des tablettes, c’est-à-dire fixer des limites de temps pour l’utilisation des écrans, mais aussi quand et comment ils peuvent être utilisés. (par exemple, ils ne sont pas autorisés à table ou avant d’aller se coucher).
3. Créez davantage d’espaces et de moments sans numérique
Essayez de créer de plus en plus de moments sans appareils (à la maison, au restaurant et même pendant les trajets en voiture), par exemple en organisant des jeux de groupe (même simples). Proposez des alternatives réelles et agréables qui renforcent l’idée qu’on ne s’ennuie pas sans son téléphone portable et qu’il y a tout un monde à découvrir (et cela peut se faire avec des ateliers créatifs, des promenades, des livres et des bandes dessinées). De plus, la variété des stimuli réduit la dépendance aux stimuli immédiats.
4. Apprenez à « vivre l’ennui »
Dans notre vie, il y aura de nombreux moments où nous nous ennuyerons (lorsque nous ferons la queue à la poste, chez le médecin, lorsque nous serons bloqués à la maison à cause du mauvais temps). Il est essentiel de donner à nos enfants les outils nécessaires pour vivre l’ennui. Pendant ces moments d’attente, ils peuvent inventer des jeux et des passe-temps, et apprendre à gérer la frustration de l’attente. Au début, cela peut sembler difficile, mais avec le temps, cela deviendra une ressource précieuse.
5. Habituez-vous à la pause active
Pendant les devoirs, les dessins animés ou les jeux sur tablette, insérez des micro-pauses pour « déconnecter ». Il peut s’agir d’un goûter, de boire un verre d’eau, de faire des étirements, de câliner l’animal domestique
6. Choisissez des contenus de qualité
En matière de divertissement, essayez de surveiller ce que regardent les enfants. De temps en temps, proposez-leur des contenus plus riches, qui peuvent aller de courts documentaires, des dessins animés ou des films avec une intrigue, ou même des activités numériques créatives (dessin, codage). Il doit s’agir de contenus avec un début, un développement et une fin qui aident l’esprit à « se recentrer ».
Du numérique au réel : les cartes Brainrot
De nombreux Brainrots sont également devenus les protagonistes de jeux de cartes, de défis entre amis et de collections. Ce passage du virtuel au physique peut être positif : il favorise la sociabilité, la stratégie et le jeu partagé.