Les incendies de forêt qui ont ravagé principalement l’Espagne et la France ont exposé des millions de personnes à une qualité de l’air extrêmement dégradée ces derniers jours.

Les incendies qui ont frappé ces dernières semaines, notamment en Espagne et en France, ont fortement détérioré la qualité de l’air pour des millions d’habitants.
C’est l’alerte lancée par le Copernicus Atmosphere Monitoring Service (CAMS), le programme européen de surveillance de l’atmosphère. Grâce à ses systèmes de prévision, il suit non seulement l’évolution des incendies, mais également l’immense nuage de polluants qui s’est propagé sur une grande partie de l’Europe occidentale.
Au-delà des milliers d’hectares de forêts détruits, ce sont surtout les concentrations de PM2.5, des particules extrêmement fines issues de la combustion de la végétation, qui inquiètent les spécialistes. Considérées parmi les polluants les plus nocifs pour la santé, elles pénètrent profondément dans les poumons et peuvent même atteindre la circulation sanguine.
Sommaire
La France et l’Espagne étouffent sous les fumées
Les images satellites et les simulations de Copernicus montrent une situation exceptionnelle.
En France, les incendies qui ont touché la Gironde sont décrits comme les plus dévastateurs depuis la Seconde Guerre mondiale. Près de 42 000 hectares ont déjà été détruits, entraînant la plus importante évacuation de population depuis l’après-guerre.
La qualité de l’air s’est fortement dégradée. À Bordeaux, les concentrations de PM2.5 ont dépassé 300 microgrammes par mètre cube, un niveau qualifié d’« extrêmement mauvais » par l’Agence européenne pour l’environnement. Ce chiffre dépasse plus de douze fois la limite journalière européenne fixée à 25 μg/m³.
Les niveaux d’ozone ont également fortement augmenté, aggravant encore les risques sanitaires.
En Espagne, où l’état d’urgence national a été déclaré, les incendies dans les provinces de Madrid et d’Ávila ont déjà ravagé environ 55 000 hectares et contraint près de 100 000 personnes à évacuer.
Au-dessus de Madrid, un épais nuage de fumée s’est formé sous l’effet combiné des incendies, du trafic routier et des poussières sahariennes. Selon le CAMS, les concentrations de PM2.5 ont oscillé entre 80 et 100 μg/m³ durant le week-end, bien au-dessus des seuils jugés sûrs pour la population.
2026 pourrait devenir une année historique
Les données recueillies par Copernicus montrent que la saison des incendies est déjà exceptionnelle.
En France, les émissions cumulées de carbone produites par les feux sont désormais comparables, voire supérieures, à celles enregistrées lors des années 2003 et 2022, jusque-là considérées comme les plus graves des vingt-quatre dernières années.
En Espagne également, les émissions dépassent largement la moyenne saisonnière. À la fin du mois de juillet, 2026 figure déjà parmi les pires années enregistrées par le système GFAS (Global Fire Assimilation System), seulement devancée par 2022.
L’urgence ne concerne toutefois pas uniquement la péninsule Ibérique.
Au Portugal, les régions de Braga, Aveiro et Viseu ont connu une activité particulièrement intense au cours du mois de juillet. Les satellites Copernicus ont observé d’importantes colonnes de fumée.
L’Italie fait également partie des pays les plus touchés. En Sicile, notamment dans les provinces de Palerme, Agrigente et Caltanissetta, plusieurs incendies ont généré des émissions supérieures à la moyenne et ont parfois menacé des zones habitées. Un pompier a perdu la vie au cours des opérations de lutte contre les flammes. Les autorités estiment qu’une grande partie des départs de feu sont d’origine criminelle.
La situation est également très préoccupante en Algérie, où les émissions enregistrées jusqu’à la fin du mois de juillet atteignent un niveau jamais observé depuis le début des relevés de Copernicus.
Même le Royaume-Uni et l’Irlande, après plusieurs semaines de chaleur exceptionnelle et de sécheresse, doivent faire face à des incendies de végétation, notamment dans le nord du Pays de Galles et dans le Derbyshire.
Pourquoi les fumées des incendies sont-elles si dangereuses ?
Lorsqu’une forêt brûle, elle ne libère pas seulement du dioxyde de carbone et du méthane. Elle émet également d’importantes quantités de particules fines et ultrafines.
Les PM2.5 figurent parmi les polluants les plus préoccupants. Leur taille extrêmement réduite leur permet de franchir les barrières naturelles de l’organisme, d’atteindre les alvéoles pulmonaires puis de passer dans la circulation sanguine.
De nombreuses études associent leur exposition à une augmentation du risque de :
- crises d’asthme et bronchites ;
- maladies cardiovasculaires ;
- infarctus et accidents vasculaires cérébraux (AVC) ;
- hospitalisations ;
- mortalité prématurée, en particulier chez les personnes âgées, les enfants et les personnes souffrant de maladies respiratoires.
Les recherches les plus récentes suggèrent également que les particules issues des incendies de forêt pourraient être encore plus nocives que celles produites par le trafic routier, en raison de leur composition chimique spécifique.
Selon Copernicus, cette intensification rapide des incendies n’est pas surprenante. Après un hiver relativement pluvieux, l’Europe occidentale a connu une succession de vagues de chaleur qui ont fortement asséché la végétation, la transformant en un combustible particulièrement favorable aux départs de feu.
En retour, les incendies rejettent d’importantes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, alimentant le réchauffement climatique et créant un cercle vicieux qui favorise des incendies toujours plus fréquents et plus intenses.
Alors que les pompiers poursuivent leur lutte contre les flammes et que l’Union européenne a activé son mécanisme de protection civile pour soutenir les pays touchés, les données de Copernicus montrent clairement que les incendies ne constituent plus seulement une catastrophe environnementale : ils représentent désormais une véritable crise sanitaire qui concerne des millions de citoyens européens.